Histoires vraies d’utilisateurs de Linux (4)

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Pour piloter les instruments de mesure à l’aide de logiciels conçus pour Windows, François Maystre a dû installer une machine virtuelle sur son why! W253EU-SSD. Mais pour les applications de bureautique, il privilégie les logiciels libres installés sur la machine hôte Ubuntu.

Ils se sont libérés de Windows et Mac OS X! Cette quatrième interview d’un client why! décrit les solutions pour une entreprise qui a besoin de Windows.



François Maystre est docteur en physique et dirige depuis 10 ans Instrumat SA, à Renens (VD), une société spécialisée dans les instruments de mesure pour le laboratoire et l’industrie. Il a décidé d’affranchir sa société de sa dépendance à l’égard des éditeurs de logiciels propriétaires, à commencer par Microsoft, et de miser sur GNU/Linux et les logiciels libres. Mais Instrumat SA va opérer cette migration par étapes pour assurer la continuité de l’exploitation.

Quelle mouche a piqué le directeur d’une société qui vend des équipements fonctionnant exclusivement sous Windows pour qu’il fasse l’acquisition d’un ordinateur tournant sous GNU/Linux?

Pour moi, l’informatique est un outil de travail au quotidien et il faut que les collaborateurs de l’entreprise puissent effectuer leurs tâches chaque jour de la même manière, sans se prendre la tête. Or, les logiciels évoluent sans cesse – souvent sans avantage notable pour l’usage qu’on en fait! – et il faut régulièrement réapprendre à faire ce que l’on savait faire hier. C’est extrêmement stressant et, outre les coûts de licences qu’il faut racheter, cette évolution entraîne des coûts d’apprentissage bien plus importants, même s’ils sont difficilement chiffrables. Exemple concret. Nous avions parfaitement maîtrisé l’environnement Windows XP. Puis il a fallu s’habituer à Windows 7. Mais j’avoue être complètement perdu avec une machine sous Windows 8.1… C’est un peu comme si, sur votre voiture, la clé de contact et la procédure de démarrage changeaient chaque 6 mois, sans raison apparente! Ce qui me séduit avec les logiciels libres comme GNU/Linux, c’est que l’utilisateur peut librement choisir une nouvelle version de tel ou tel logiciel ou continuer avec l’ancienne version qui lui donne entière satisfaction. Et puis un logiciel libre évolue principalement en fonction des besoins exprimés par ses utilisateurs et pas, comme chez les éditeurs de logiciels propriétaires, pour relancer les ventes avec de pseudo-avancées technologiques.

Alors comment s’est passé la prise en main de votre why! sous GNU/Linux? Avez-vous rencontré des difficultés?

(rire jovial) Je dois bien admettre que j’étais un peu perdu. Comme avec Windows 8.1! J’ai découvert que certains collègues utilisaient déjà Linux à la maison. Pour ma part, j’ai adopté une démarche « scientifique » et j’ai cherché un ouvrage à ma portée pour comprendre Linux. Je suis tombé sur « Reprenez le contrôle à l’aide de Linux », de Mathieu Nebra, co-fondateur de la plate-forme d’enseignement à distance openclassrooms.com. Cela m’a pris du temps, mais je crois l’avoir largement récupéré par la suite pour régler toutes sortes de petits problèmes en évitant de trop tâtonner et cet « investissement » va continuer à être utile à l’entreprise durant de nombreuses années. Et puis il y a une certaine jubilation à envoyer son ordinateur « à la niche » sur un simple ordre (écrit)… D’esclave de son ordinateur, on redevient le maître!

Les instruments de mesure que vous commercialisez sont tous pilotés par des logiciels qui n’existent que pour Windows. Comment avez-vous surmonté cet obstacle?

Nous avons tout d’abord testé l’émulateur Windows Wine. Il fonctionne assez bien pour les applications de bureautique courantes, mais n’est pas fiable pour des logiciels industriels comme ceux que nous utilisons et il ne faut pas compter sur la communauté des développeurs de Wine pour résoudre les problèmes rencontrés par un si petit nombre de gens. Nous avons donc créé sur notre ordinateurs why! une machine virtuelle Windows 7 avec VirtualBox. Comme nos logiciels industriels évoluent très lentement – c’est une question de fiabilité -, certains ne tournent pas encore sous Windows 7 et, pour ceux-là, nous allons simplement créer une machine virtuelle Windows XP. Et, comme il n’y a plus de support de sécurité pour Windows XP, la machine virtuelle n’aura pas de connexion Internet ni d’échanges avec l’extérieur pour éviter les virus. L’avantage de cette solution est que l’utilisateur peut simplement se déplacer dans la machine hôte Linux, qui est elle pratiquement insensible aux virus, pour échanger avec l’extérieur en toute sécurité.

Mais n’est-ce pas un paradoxe de migrer sur Linux pour commencer par racheter des licences Windows? Où est l’avantage économique?

Pour nos instruments de mesure, nous n’avons pour l’heure pas d’autre choix. Mais nous avons dénombré par ailleurs une centaine de logiciels et d’utilitaires Windows pour lesquels il n’existe pas de version Linux. Comme nous ne pouvons pas investir trop de temps pour installer et apprendre à utiliser des logiciels libres équivalents, la machine virtuelle permet à nos collaboratrices et collaborateurs de continuer à travailler avec les outils qu’ils connaissent et, petit à petit, d’apprendre à exécuter certaines tâches avec des logiciels libres sur la machine Linux. Et il y a malgré tout déjà des économies qui sont réalisées sur les licences propriétaires. Nous utilisons, par exemple, de temps à autre une vieille version de Photoshop pour Windows XP, mais qui ne tourne plus sur Windows 8.1, car Adobe veut vendre son application en ligne sous forme d’abonnement (ndlr: Photoshop sur Creative Cloud pour « seulement » CHF 28.05 par mois). Alors, en attendant d’apprendre à utiliser Gimp, son équivalent open source, nous pouvons installer notre vieille licence Photoshop sur la machine virtuelle. Certains collaborateur feront le pas plus rapidement que d’autres, qui ne le feront peut-être jamais. Cette façon de faire nous permettra de migrer sans crise ni perte de productivité. Et jusqu’à présent tout se passe bien!

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